Le secteur de l’alimentation bousculé par le Covid-19

EN QUOI LA CRISE SANITAIRE LIÉE AU COVID-19 BOUSCULE-T-ELLE LE SECTEUR DE L’ALIMENTATION ?

Du champ à l’assiette, tout le secteur de l’alimentation est chamboulé par la pandémie du Covid-19 :

  • PRODUCTION

Malgré la crise sanitaire, les agriculteurs en France ont mis un point d’honneur à continuer de produire. Cependant, constat préoccupant en cette période de crise sanitaire : l’agriculture manque de bras et risque d’en manquer sur le long terme. Les mesures obligeant les salariés agricoles malades à se confiner, à garder leurs enfants et rendant difficile la circulation des personnes, renforcent la tension liée au manque de salariés agricoles. Également, à cause de la fermeture des frontières, les producteurs se retrouvent face à une pénurie de main d’œuvre, qui venait essentiellement de l’étranger.

Autre élément préoccupant pour les producteurs : après la fermeture des cantines et restaurants, a été décidée l’interdiction des marchés primeurs. Mise en place pour lutter contre la propagation du Covid-19, cette interdiction oblige tout le secteur à se réorganiser pour écouler sa production. L’inquiétude monte par exemple chez les producteurs d’asperges et de fraises, qui entrent tout juste dans leur pic de production. La brusque fermeture des restaurants, où se consomment 40 % des asperges, met les producteurs dans un profond embarras. La fermeture des marchés, demandée par le gouvernement mais laissée à l’appréciation des maires, qui représentent 40 % des volumes vendus, ne fait qu’accroître l’angoisse.

Face à tous ces événements, le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume, a lancé un appel « à l’armée des ombres, aux femmes et aux hommes qui aujourd’hui ne travaillent pas, qui sont confinés chez eux (…) » : « Rejoignez la grande armée de l’agriculture française​ ! ​». Cet appel s’adresse notamment aux restaurateurs qui ont été obligés de fermer leurs établissements.

  • TRANSFORMATION

Cette crise impacte également le secteur de l’agroalimentaire. S’ils n’ont pas été pris au dépourvu quant aux enjeux sanitaires (emploi quotidien de masques, charlottes, gel hydroalcoolique, etc.), ils peuvent parfois être touchés par des usines manquant d’emballages, ou bien d’étiquettes : le secteur fait partie d’une chaîne logistique globale et rallongée, y compris géographiquement. Autre impact : l’industrie va sans doute revoir certains excès, comme la fabrication à des milliers de kilomètres d’aliments frais qui pourraient être produits localement.

Par ailleurs, depuis le début de la crise sanitaire, les Français se posent moins de questions sur la composition des aliments, leurs effets nutritionnels, etc. En effet, en période de crise, la priorité est de s’alimenter : les produits industriels sont alors plus consommés que les produits frais, les fruits et les légumes. Les industriels retrouvent alors leur raison d’existence aux yeux des consommateurs, puisque les consommateurs ont conscience que le « marché paysan du coin ne pourra pas à lui seul alimenter tout le monde. ».

  • DISTRIBUTION

A l’annonce de la crise sanitaire, le secteur de la distribution a dû faire face à la peur massive d’une pénurie de la part des consommateurs qui ont fait des réserves, et doit gérer l’approvisionnement. Grâce à un fonctionnement particulièrement compact et fluide, toutes les filières ont pu réapprovisionner les rayons vides en 24 heures. Par la suite, tout le secteur a décidé de s’engager, notamment pour offrir des débouchés aux producteurs français qui ne pourront plus vendre sur les marchés et qui ont perdu leurs clients restaurateurs. Les hypermarchés et supermarchés s’efforcent de tenir ouverts leurs rayons « à la coupe », boucherie, poissonnerie et fromagerie, impliquant de la main-d’œuvre, main-d’œuvre de plus en plus absente (confinement, garde d’enfants, etc.). Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, a demandé aux enseignes de la grande distribution de s’approvisionner auprès des agriculteurs français, qui se retrouvent affectés par la fermeture des marchés.

En réponse à cet appel, les enseignes s’engagent : Carrefour va vendre des fraises et des asperges cultivées en France, et Leclerc fera de même pour les fraises. Également, elles mettront en avant l’origine France en passant à un approvisionnement français tout en maintenant des prix accessibles. Les enseignes soutiennent les autres filières touchées par la fermeture des marchés (viande, charcuterie, poisson) en garantissant aux producteurs des volumes et des prix d’achat, et en maintenant les rayons traditionnels ouverts pour soutenir les agriculteurs.

  • CONSOMMATION

Même avec une production qui continue à fonctionner, il y a un déséquilibre entre l’offre et la consommation. Pourquoi ? D’une part les clients, ne voulant pas fréquenter des lieux où ils croiseraient du monde, se font de plus en plus rares dans les surfaces de vente. D’autre part, lorsqu’ils se déplacent dans les magasins, les consommateurs privilégient les aliments de subsistance (pâtes, riz, pommes de terre, etc.) en délaissant les produits frais (fruits, légumes, fromages, etc.). La crise sanitaire a un impact sur le défi de la transition alimentaire : les Français s’orientent vers des produits bons marchés car ils sont préoccupés tout d’abord par le fait de « se nourrir », et achètent seulement de temps en temps des produits locaux, bios, fabriqués en France.

 

Retrouvez les articles de presse sur le sujet :

Giulietta Gamberini, (23 mars 2020). Alimentation : « Les industriels retrouvent leur raison d’existence ».

Emmanuelle Ducros, (24 mars 2020). La France confinée : comment l’agriculture entend lever une « armée » pour ravitailler le front.

Alimentation Générale. (24 mars 2020). Fermeture des marchés primeurs : la filière tente de rebondir et appelle à l’aide.

Marie-José Cougard, (24 mars 2020). Coronavirus : la débâcle des ventes de produits alimentaires frais.

Philippe Bertrand, (24 mars 2020). Les supermarchés basculent vers 100 % de fruits et légumes français.