Un nouveau mode de consommation alimentaire : les habitudes du confinement résistent-elles ?

Face à la crise sanitaire, commerçants et consommateurs ont du prendre de nouvelles mesures. Contrainte de la distanciation sociale et des gestes barrières, la population française s’est tournée vers les nouveaux outils numériques tels que le e-commerce et les applications mobiles. Alors que la crise a affaibli de nombreux secteurs, celui de l’alimentation est l’un des moins touché. Certaines startups ont même su tirer profit du confinement, en s’adaptant rapidement aux circonstances inhabituelles grâce aux circuits courts, très favorisés pour limiter les déplacements, au drive et aux ventes en ligne.

Parmi une centaine d’applications mobiles répertoriées dans le domaine alimentaire, plus d’un quart d’entre elles concerne la vente en ligne et la livraison de courses. Avec la fermeture de nombreux commerces et la peur de se rendre en grande surface, ces startups ont été les plus actives. Certaines ont su tirer leurs épingles du jeu pendant cette période de confinement. C’est le cas de La Belle Vie, une startup de livraison de courses à domicile, qui a quadruplé son activité et levé 11,6 millions d’euros. Chez Epicery, le chiffre d’affaires a été multiplié par 8. Cette startup qui livrait des produits de petits commerçants à Lyon et Paris seulement, a étendu ses services dans toute la France et est devenue la meilleure alliée des confinés. Enfin, pour la startup de livraison de produits locaux La Ruche Qui Dit Oui, le confinement a été un véritable tremplin. En développant de nouvelles ruches à Bordeaux et Lille, le nombre de commandes a été triplé.

Le succès n’a pas souri qu’aux applications de vente et livraison en ligne. My Label, qui accompagne ses utilisateurs dans leurs choix de consommation, a rendu son application compatible avec les sites e-commerces alimentaires, tant convoités pendant le confinement. De ce fait, elle a doublé son chiffre d’affaires. Les français ont également pris plaisir à cuisiner chez eux et se sont tournés vers des applications de recettes comme Quitoque. Elle propose de nombreuses recettes ainsi que les paniers de courses associés remplis de produits locaux.

Les grandes surfaces ont été délaissées pour les circuits-courts qui fonctionnent à plein régime. Les français évoquent la peur des grandes surfaces, et l’envie de soutenir les producteurs locaux. Les investisseurs ont également été frileux pendant cette période. Mi-2020, ils ont investi 30% de moins qu’en 2019, ce qui représente 100 millions d’euros. Ils restent prudents face aux conséquences de la crise. Le confinement a été un point de départ d’une transformation digitale pour les entreprises, et d’une nouvelle façon de manger pour les consommateurs. En peu de temps, les français ont adopté un nouveau mode de consommation en adéquation avec les enjeux alimentaires d’aujourd’hui: la crise a éveillé les consciences sur le fait de mieux manger et de manger local. Aujourd’hui la question est de savoir si ces nouvelles habitudes de consommation vont se maintenir.

L’annonce du déconfinement et la réouverture des commerces a provoqué une brusque chute de l’activité de ces startups. Les données de ces startups ont permis de comparer le nombre de visites web par mois, pendant et après le confinement. Ces chiffres rendent compte de la quantité de clients qui profitent des services de ces startups par internet. Ainsi, parmi les nouveaux utilisateurs des sites web pendant le confinement, 30% utilisaient encore celui de La Belle Vie en juin, 20% utilisaient encore celui d’Epicery, et 12% utilisaient encore celui de La Ruche Qui Dit Oui. La majorité des utilisateurs du confinement n’a plus recourt à ces systèmes de vente en ligne de produits locaux, et a repris ses habitudes d’avant crise. Cependant, ces startups ont réussi à fidéliser de nouveaux clients et à les amener vers un mode de consommation alimentaire plus durable.

D’après une étude de Webedia, 76% des français estiment qu’ils garderont certaines habitudes alimentaires prises en confinement, et qu’ils cuisineront plus souvent leurs nourritures eux-mêmes. Le confinement a offert de nombreux outils pour plus et mieux cuisiner. C’est le cas de l’émission « Tous en cuisine » de Cyril Lignac, élue meilleure émission du confinement avec plus de 2 millions de téléspectateurs. Le chef a annoncé la reprise de l’émission à la rentrée pour continuer de donner aux français, le goût de cuisiner à la maison.

Les changements observés pendant le confinement n’ont pas été durables pour tous. Cependant, si les habitudes du confinement ne peuvent pas être représentatives de la réalité, elles vont quand même dans le sens des tendances que l’on remarque depuis plusieurs années. En effet, la France évolue vers une alimentation plus durable et la crise a joué un rôle majeur dans cette transition. Elle a permis une prise de conscience générale sur les enjeux d’aujourd’hui, car chaque acteur de la chaîne alimentaire a été impacté à son échelle et a su agir en conséquence.

Rédactrice : Marie Lescure pour La FoodTech