La crise au service d’une transition alimentaire et d’une transition numérique accélérées ?

En cette situation de crise liée à l’épidémie de COVID-19, notre système alimentaire actuel montre certaines limites. La FoodTech, quant à elle, multiplie les initiatives et prouve plus que jamais l’utilité du numérique au service de l’alimentation. Reste à savoir si la crise provoquera un réel changement vers un système alimentaire plus durable.

L’alimentation est au cœur de la crise actuelle liée à la pandémie de COVID-19 : fermeture des restaurants, risque de pénuries dans les supermarchés, manque de main d’œuvre dans l’agriculture…

Cette situation inédite a d’une part révélé des dysfonctionnements de notre système alimentaire, et a d’autre part montré l’adaptation, l’agilité et la solidarité dont le secteur a su faire preuve depuis le début de l’épidémie.

Au mois de mars, tandis que nous faisions face à des rayons vides dans les supermarchés, les grossistes de Rungis annonçaient plus de 60% de perte de chiffre d’affaires et les producteurs lançaient un appel à l’aide face à leur difficulté pour écouler leur production. Cela a mis en évidence un paradoxe de notre système alimentaire, qu’a d’ailleurs souligné Emmanuel Macron dans son allocution du 12 mars : « Il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour. […] . Déléguer notre alimentation […] au fond est une folie ».

Face à ce constat, des solutions et initiatives de soutien ont rapidement émergé : certains supermarchés se sont engagés à mettre en avant les produits français. Cela nous amène à nous demander si nos enseignes ne devraient pas automatiquement promouvoir en priorité les productions locales, sans attendre une crise pour recourir à ces pratiques.

Les grands groupes ont ainsi su réagir à la crise, en se recentrant néanmoins sur leurs activités essentielles afin de maintenir le cap, tant sur la production que sur la distribution des produits. Les startups de la FoodTech, quant à elles, ont fait preuve de réactivité et d’agilité, et ont prouvé une nouvelle fois l’utilité du numérique et des technologies à l’alimentation, du champ à l’assiette.

Les initiatives se sont multipliées, depuis la mise en relation entre travailleurs disponibles et producteurs ayant besoin de main d’œuvre par la plateforme WiziFarm, jusqu’à la réalisation de repas pour le personnel soignant par de nombreux acteurs de La FoodTech, en passant par la gratuité des services de récupération d’invendus par Phenix, etc. Un bel élan de solidarité est né au sein de l’écosystème FoodTech pour surmonter la période de crise.

Outre l’accélération de son déploiement au service du télétravail, le numérique montre toute sa force et son utilité dans cette situation, et devient un outil de plus en plus prisé, par les acteurs au fonctionnement plus traditionnel, ainsi que par les consommateurs. La Ruche qui dit oui, plateforme de circuit court entre producteurs et consommateurs, a annoncé une hausse de 70% de son chiffre d’affaires, mais aussi une augmentation de 30% du nombre de ses fournisseurs. Les producteurs qui avaient l’habitude de vendre en direct se tournent donc vers ces alternatives, tandis que les commerces de proximité mettent en place des services de livraison, faisant ainsi un pas vers la transition numérique. Côté consommateurs, on observe un boom de la livraison et du drive (+30% pour le drive comparé aux chiffres habituels). Pendant le confinement, les Français se sont également remis à la cuisine, des applications de recettes comme Marmiton ont atteint un record historique avec trois fois plus de visiteurs que lors de chaque pic annuel pour Noël mais également la plateforme Foodle qui a remporté un grand succès avec des milliers de vues pour ses repas du quotidien, simples et équilibrés et qui propose gratuitement aux consommateurs de réaliser un livre de recettes de cuisine personnalisé pour les aider à réaliser des recettes simples au quotidien.

Les distributeurs ont quant à eux vu dans le drive une opportunité d’accélération de la transition numérique, en développant le drive et la livraison, voire en s’associant à des acteurs leaders de la FoodTech comme Ubereats.

Le secteur de l’alimentation dans son ensemble est ainsi bousculé, et l’alimentation, besoin vital, est l’une des préoccupations principales à la fois des citoyens et du gouvernement. Ce chamboulement pose la question de la pérennité des tendances actuelles : l’agriculture continuera-t-elle à employer autant de main d’œuvre étrangère ? Les consommateurs garderont-ils des habitudes auprès de plateforme de circuits courts ? Les commerces de proximité passeront-ils cette transition numérique ?

En cette période de déconfinement, et dans l’attente de la réouverture des restaurants, nous observons attentivement le potentiel de pérennité des tendances qui ont émergé ou se sont consolidées ces derniers mois, qui feront l’objet des prochaines publications de La FoodTech.

Les crises sont toujours initiatrices de changement, et j’espère que celle-ci aura le mérite de nous faire tirer des leçons sur notre système alimentaire, et d’accélérer la transition vers un système alimentaire plus durable. Je suis convaincu que La FoodTech a un rôle à jouer dans cette mutation et qu’elle sera source de solutions et d’outils pertinents.

Xavier Boidevézi, Secrétaire National de La FoodTech