Interview d’Adrien Moyne et Arthur Maurel, co-fondateurs de VertuFood, par la FoodTech Lyon AuRA le 26/04/21

Au cours de ses études à l’Idrac à Lyon et à l’EM LYON et suite à un stage chez Casino, Arthur s’intéresse au concept de « corner à sushi ». Ce concept permet à une enseigne de confier à une entreprise extérieure la gestion d’une activité tout en permettant à celle-ci de profiter des flux de l’enseigne. « Ce type de corner, qui permet de ré enchanter et d’humaniser le point de vente, pouvait tout à fait être adapté au besoin émergent de fruits et légumes plus facilement utilisables et consommables » nous explique Arthur. L’idée germe donc dès 2015, et c’est grâce à la rencontre avec Adrien, lui-même muni d’une première expérience de l’entrepreneuriat couplée à une connaissance de la grande distribution, que démarre l’aventure de VertuFood en 2017.

Bonjour Adrien et Arthur, pouvez-vous nous présenter VertuFood ?

Le concept VertuFood, c’est de permettre au plus grand nombre d’avoir accès à une alimentation saine et facile à consommer. Concrètement, ce sont des kiosques de fruits et légumes préparés sur place, directement installés dans les points de vente de la grande distribution. Les fruits et légumes sont sourcés localement (avec l’idée de revaloriser des invendus) puis sont transformés sur place sans utilisation ni d’additifs ni de conservateurs. VertuFood propose ainsi une large gamme de produits autour du bien manger (fruits et légumes frais préparés, snacking, smoothie et jus, dessert, granola, fruits secs, olives) et de jus de fruit pour moins de 10 € !

Comment avez-vous fait grandir VertuFood ? Quels ont été vos partenaires clés dans cette aventure de l’entrepreneuriat ?

Nous avons avancé pas à pas avec la conviction qu’il était important de commencer par la structuration de l’entreprise pour assurer ensuite le développement de nos parts de marché. L’incubation par Foodshaker, qui nous a accueilli 2 mois avant l’ouverture de notre premier corner, nous a permis de structurer notre vision. C’est ensuite au Village by CA que nous avons mis en œuvre notre développement commercial et la recherche de nouveaux clients.

L’entrepreneuriat est un vrai marathon qui nécessite beaucoup d’énergie et de sacrifices et qui se gagne grâce aux personnes qui nous accompagnent, qui nous boostent comme autant de coups d’accélérateur successifs jusqu’à atteindre l’autonomie. Les échanges avec des professionnels, qui partagent leur expérience et nous conseillent, ou avec d’autres startups confrontées aux mêmes problématiques, stimulent et renforcent la confiance indispensable pour faire aboutir un projet.

Comment a évolué votre idée de départ ?

Le concept de VertuFood est passé de « l’aide culinaire » au « snacking élaboré » c’est-à-dire à une offre de déjeuner clé en main, sain, préparé chaque matin avec des produits de qualité. 95 % de nos consommateurs se disent satisfaits de nos produits mais nous devons rester vigilants en particulier sur le sujet des emballages plastiques. Nous avons été dans les premiers fournisseurs de la grande distribution à proposer un système de consigne. Cette solution a été testée dans différents magasins et a nécessité 5 mois de travail pour trouver des solutions aux problèmes de flux et d’encaissement.

Même si 100 % de nos emballages plastiques sont recyclés et recyclables, la recherche d’alternatives qui nous permettraient de supprimer le plastique représente un enjeu fort. Mais la filière n’est aujourd’hui pas prête malgré des avancées sur les matériaux biosourcés.

Vos partenaires de la grande distribution ont eu aussi un rôle majeur dans le succès de VertuFood, comment percevez-vous la distribution et son évolution ?

La grande distribution avait amorcé sa mutation avant l’arrivée de la crise covid. Les supermarchés tendent à se transformer en de grandes halles marchandes avec de plus en plus de produits locaux ainsi qu’un haut niveau d’exigence en matière de transparence, d’hygiène et de sécurité alimentaire. Avec la covid, ces enseignes ont démontré leur importance dans le système alimentaire et leur capacité à nourrir les français. Le métier de la distribution est cependant en pleine transition avec des enjeux forts sur l’utilisation du plastique, la diminution du gaspillage alimentaire, l’augmentation des produits locaux, l’arrivée du vrac, le retour de la consigne. Elle a donc besoin de s’appuyer sur des entrepreneur.e.s foodtech qui apportent une vision différente et des solutions qui redonnent du sens à l’acte d’achat et rassurent les consommateurs tout en répondant aux exigences et contraintes de la distribution.

Aujourd’hui 80% des actes d’achat se font en grande distribution. Si on souhaite faire évoluer l’alimentation et l’expérience client, il faut offrir des solutions innovantes au plus grand nombre et donc au sein même des grandes enseignes de distribution.

Quelle a été l’impact de la crise sanitaire sur VertuFood ?

Comme beaucoup de startups foodtech, nous avons souffert de cette crise : notre développement a été ralenti car le télétravail a poussé le consommateur à cuisiner chez lui. Mais notre rentabilité a tenu et nous sommes toujours là avec la fierté d’avoir 100 % de nos salariés encore en poste. Nous sortons renforcés de la crise et impatients de retrouver la croissance que nous espérions avant le covid !

Comment voyez-vous la FoodTech, comment peut-elle être utile aux startups ?

La raison d’être de la FoodTech c’est de contribuer au développement des jeunes startups. Aujourd’hui VertuFood, c’est 80 collaborateurs, une présence dans toutes les enseignes de la grande distribution, nous avons donc la chance d’avoir moins besoin d’aide. Par contre il nous paraît important, à notre tour, d’aider les jeunes entrepreneur.e.s, de les conseiller et de partager notre expérience. La FoodTech a aussi une grande utilité en tant qu’outil de veille, d’observation des tendances et de mise en lumière de toutes les nouvelles solutions qui répondent aux besoins de la transition alimentaire.