Interview de Flore Lacrouts-Cazenave, cofondatrice de TOUTILO, par la FoodTech Lyon AuRA le 13/11/20

Bonjour Flore, peux-tu nous présenter l’histoire du Toutilo en quelques mots ? Quel a été ton parcours pour créer ta startup ?

Toutilo est avant tout une aventure familiale conduite avec ma sœur et mon père : ma sœur a créé une exploitation agricole en maraîchage biologique en Haute Savoie en 2008, et notre idée de départ était de concevoir un outil pour l’aider à gérer la pénibilité liée à son métier. Nous avons donc allié nos compétences (techniques de maraîchage, design industriel et électronique automobile) pour lui construire une solution dédiée. Nous avons été accompagnés au sein de l’incubateur Linksium à Grenoble afin de réaliser une étude de marché et pour mener une réflexion technique approfondie. Nous avons mis en place une approche originale dans le secteur du machinisme agricole, en partant du besoin de l’utilisateur et en menant une réflexion combinant technique, ergonomie (prise en compte du bien-être des agriculteurs) et impact environnemental. Après enquête auprès de nombreux agriculteurs et devant l’intérêt soulevé par notre machine prototype, le Cobot Toutilo polyvalent est né et l’entreprise a été créée en 2014 !

Le Toutilo qu’est-ce que c’est ?

C’est le compagnon de la saison maraîchère, qui permet de désherber, planter, récolter et transporter des charges lourdes. Nous avons aussi mécanisé les différentes tâches de maraîchage qui sont réalisées tout au long de l’année et nous avons enrichi l’outil avec de nouvelles technologies. C’est une base ouverte et évolutive avec différents modules qui peuvent être ajoutés en fonction des besoins, ce qui lui confère une grande polyvalence.

Aujourd’hui 80 machines ont été fabriquées et sont commercialisées au Canada, en Belgique en Suisse et en France.

Un projet de ce type nécessite de trouver des partenaires, quelle a été votre démarche ?

La recherche de complémentarité d’expertises avec nos partenaires a été fondamentale, tout comme la construction d’une relation humaine avec des personnes qui croyaient au projet et qui étaient prêtes à nous faire confiance. Nous avons établi des relations claires et saines en identifiant non seulement des intérêts partagés mais aussi des risques partagés. L’activité de Toutilo est concentrée sur l’écoute des besoins et la conception. Nous avons travaillé avec l’INRIA à Grenoble sur des sujets de cobotique, domaine de la collaboration homme-robot. Des partenaires industriels nous ont accompagnés depuis la création, au départ pour le prototypage puis pour la fabrication des pièces : le Toutilo est d’ailleurs devenu une vitrine de leur savoir-faire !

Nous avons volontairement recherché des partenaires locaux pour favoriser la proximité et la qualité des relations. Travailler avec de grandes entreprises permet de grandir plus vite et en parallèle nous avons pu intéresser des partenaires financiers. Comme beaucoup de startups, nous avons commencé avec de la « love money » pour la première levée de fonds puis nous nous sommes tournés vers des investisseurs du monde social et solidaire pour la deuxième levée de fonds. C’était important pour nous d’être en cohérence avec les valeurs que l’on défend : valeurs sociales avec le bien-être des agriculteurs et environnementales comme réduire l’utilisation de produits phytosanitaires ou réduire le bruit via l’électrique. Nous avons eu un vrai soutien du Crédit Agricole et de Transméa et nous sommes devenus la première SAS ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale) de Haute Savoie.

En 2019 nous avons lancé une nouvelle levée de fonds auprès de Business Angels dans le but d’accélérer notre action commerciale : c’est en effet important de bien structurer notre réseau commercial en France et de penser à notre développement à l’international !

Quelle est l’impact de la crise sanitaire sur Toutilo ?

En ce qui nous concerne, l’agriculture ne s’arrête pas pendant cette crise et nous voyons un intérêt croissant pour notre cobot. Cependant nous vivons un report des commandes lié à l’incertitude de la période et l’attente de subventions 2021. Le creux de la vague n’est pas facile à gérer et nous réduisons aussi la voilure pour passer le cap et continuer à avancer sereinement. C’est aussi l’occasion d’une remise en cause sur le plan commercial et le bon moment pour investiguer d’autres marchés.

Quelle est ta vision sur l’AgTech et l’agriculture de demain

Il est important de mener une réflexion globale sur les exploitations agricoles pour une production de meilleure qualité. La technologie et le matériel de pointe représentent une partie de la solution mais il est important d’y associer des approches environnementales (moins d’intrants) et sociales : le métier d’agriculteur évolue, un outil comme le cobot, qui a pris en compte la souffrance physique, sujet tabou dans ce milieu très masculin, bouscule les codes et les organisations mais apporte une réelle solution aussi bien pour des personne en bonne condition physique que pour des personnes souffrant de handicap et c’est une vraie fierté pour nous !

Comment vois-tu la FoodTech, comment peut-elle t’être utile ?

La FoodTech nous permet de faire une veille sur notre métier : c’est très important de suivre les tendances et les évolutions de la consommation et d’ainsi mieux comprendre sur quelles nouvelles cultures se pencher. J’observe l’évolution de la consommation bio, les questionnements sur l’origine des produits et la consommation locale ainsi que le mouvement sur le drive : il y a actuellement une réflexion de fonds sur la mise à disposition de l’alimentation et le lien entre le producteur et le consommateur qui est fondamentale.